Jean Gosset (1912-1944)

Alors, on ne fait rien ?

Hommage de Roger Secrétain
Pendant cet été 1940, Jean Gosset essaie de retrouver le contact avec les amis qui ont été dispersés par la guerre

Il donne et demande des nouvelles des uns et des autres : ceux qui rentrent de l’exode et essaient de récupérer leur maison occupée, ceux qui sont en zone « libre », ceux dont on apprend qu’ils sont prisonniers, ceux sur le sort desquels on ne sait rien. Parmi ceux-là, son ami Georges Bonnefoy. Il n’apprendra qu’à l’automne que celui-ci est mort au combat, le 20 juin.

Une des choses qui m’ont le plus dégoûté et abattu, c’est que Bonnefoy a été tué. Vous ne pouvez savoir à quel point cela me fait de peine.  (lettre à Secrétain du 5 novembre 40)

Secrétain écrira en décembre 1945, dans son Hommage à Jean Gosset :

Je le revois, en août 1940, avec notre ami commun Paul Landsberg, d’origine allemande, ancien professeur à l’Université de Bonn, qui se cachait alors à mon domicile. […] Je revois encore ces deux hommes tandis que nous écoutions les premières chroniques de Londres dans le désarroi de la défaite ; l’un, traqué et quasi seul au monde, mais calme ; l’autre impatient de reprendre le combat et disant : “Alors, on ne fait rien ?…”

Pour faire face à la situation présente, Esprit lui apparaît comme un recours. Il est impatient de retrouver ses amis pour réfléchir à la situation politique.

Je pense à des choses sur le plan local, mais je n’en parlerai que quand il y aura une ébauche de réalisation ; je me connais trop bien pour accepter de vendre des peaux d’ours vivants ! et puis le milieu est tellement moche, et je suis seul ici, seul à m’imaginer qu’on puisse faire quelque chose. En tout cas, il ne s’agit de rien de grandiose, croyez-le bien.  (lettre à Touchard et à sa femme, du 15 septembre).

Que faire quand on est isolé à Vendôme et que de plus, les communications sont devenues difficiles, même avec Orléans, Tours et Blois qui sont pourtant proches ? Au début des vacances de Noël, Jean va passer quelques jours à Paris, chez son père. Il profite de ce court séjour pour prendre des contacts, essayer de trouver des gens avec qui « faire quelque chose ». Il est déçu par les « spirituels* d’Andrée Dupont » (une amie d’Esprit).

Rien à en tirer. Ils se réunissent pour des parlotes, c’est assez sympathique, mais il n’y a guère de gens intéressants. J’ai été très déçu.

* Gosset, comme Mounier, fait souvent référence aux « spirituels » : il s’agit en l’occurrence, des « amis d’Esprit », ceux qui font partie du mouvement Esprit

Extrait de « Sur les traces de Jean Gosset »

Lettre de Jean Gosset à Roger Secretain - 05 11 1940Lettre de Jean Gosset à Roger Secretain - 05 11 1940 - 2

 

 

 

Lettre de Jean Gosset à Roger Secrétain
du 5 novembre 1940
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Article de Jean Gosset dans le Républicain du centre - 7 août 1940

Article de Jean Gosset dans le Républicain du centre – 7 août 1940