Jean Gosset (1912-1944)

Les spirituels

Fin août 1941, Gosset reçoit de Mounier une carte inter-zones qui lui annonce :

Émile [Esprit] est mort et enterré…

La revue, en effet, vient d’être interdite « en raison de ses tendances générales ».

La « lettre aux amis » une circulaire, datée de septembre 1941, que Jean Gosset fait parvenir aux camarades de la zone occupée, affirme que la suppression « ne peut signifier pour nous la mort d’Esprit » :

Nous pouvons du moins répondre à cette nouvelle épreuve par un acte de présence et de foi. […] Bien des hommes, bien des Français, même parmi ceux qui l’ignorent, sont avides d’une pureté qui se refuse aux facilités de l’abstention – ou d’une action qui n’accepte pas les voies déjà trop battues et trop souillées. […] Certains croient possible, dans quelques domaines du moins, une attitude de présence constructive ; d’autres estiment qu’il faut s’en détourner résolument. En tout cas n’en avez-vous pas assez d’un silence derrière lequel rien ne se passe, d’une inertie qui laisse l’avenir se faire sans nous, – contre nous ?

Plusieurs de nos amis cherchent à sortir de cette inaction où moisit tout un peuple. Faites-nous savoir si vous voulez vous joindre à eux et dans quel esprit. Il est moins question que jamais pour nous de renoncer à un pluralisme qui seul respecte les vocations personnelles, mais ce pluralisme doit être cohérent pour ne pas nous vouer à la stérilité.

En novembre, Esprit reparaît… en zone « libre ». Mounier demande qu’on lui envoie des articles

Pour moi, écrit Gosset à Secrétain, je lui enverrai sans doute un topal destiné à dire que nous n’avons rien à dire ! La “politique de présence” me fait un peu suer.

Jean Gosset continue malgré tout à soutenir Esprit. Il se fait le porte-parole de Mounier dans une circulaire datée du 3 mai 1941, appelant les amis de la zone occupée à « une participation effective à sa rédaction ». Comme le gouvernement de Vichy « interdit toute critique dirigée contre sa politique », on peut cependant défendre la nation, la culture, la jeunesse…
Il signale, en nota bene, que désormais dans la correspondance, Esprit sera désigné sous le nom d’Émile.

Cependant lui-même n’écrira plus un seul article dans la revue.

Extrait de « Sur les traces de Jean Gosset »