Jean Gosset (1912-1944)

Notion de structure

Base sous-marine de Lorient
En mai 1943, Jean Gosset adresse une demande pour une troisième année d’allocation

Il précise qu’il se concentre sur « l’étude de la notion de structure » dans la pensée scientifique et « remet à plus tard l’étude commencée de l’explication historique et les recherches amorcées en vue d’une thèse complémentaire sur le génie au point de vue historique ». Il envisage en effet de modifier le sujet de sa thèse secondaire et de consacrer celle-ci à « l’application à une science particulière telle que celle des cristaux » de cette notion de structure. Il s’oriente donc de façon encore plus nette vers la philosophie des sciences. Mais la brièveté de son rapport montre à l’évidence que son travail de réflexion est passé au second plan de son existence.

Dans sa lettre du 12 mai 1943, envoyée de Quimperlé au directeur du CNRS, il prie qu’on l’excuse pour le retard considérable » avec lequel il envoie son « rapport sur les travaux effectués d’avril 1942 à avril 1943 » Il en donne l’explication suivante :

Je me suis mal porté toute la fin de cet hiver, et, en mars, comme j’avais entrepris la rédaction du rapport, je suis tombé malade d’une bronchite dont les suites m’ont obligé, sur l’avis formel du médecin, à prendre plusieurs semaines de repos complet en Bretagne.

En réalité, du 24 février au 15 avril, Jean Gosset, en fait de repos, assurait la direction du réseau, Cavaillès étant à Londres. Dans leur appréciation, les deux directeurs de thèse, G. Bachelard et Jean Laporte, affirment l’un comme l’autre que les travaux sont en excellente voie et appuient sa demande :

 Il y aurait donc le plus grand intérêt à ce que M. Jean Gosset puisse, une année encore, travailler dans la liberté, écrit Bachelard. La bourse est effectivement maintenue pour l’année universitaire 1943-44 sur l’avis unanime de la commission.

Quoi qu’il en soit, des notes qu’il rédigeait, des ouvrages sur lesquels il travaillait, on n’a jamais retrouvé trace. Sans doute, tout ce matériel se trouvait-il dans une de ses planques, ignorées de ses compagnons de combat eux-mêmes.
Gosset ne semble pas avoir pris la précaution – et c’est surprenant – de déposer ses écrits en cours d’élaboration, comme l’avait fait Cavaillès, auprès d’amis sûrs ou de sa famille, qui auraient pu les sauver. Il n’a pas transmis à la postérité d’autres témoignages de sa pensée philosophique que ses articles de jeunesse, mais il a d’autres titres à demeurer dans la mémoire des hommes : son action, qui est une philosophie en actes.

Extrait de « Sur les traces de Jean Gosset »